Fiscalité successorale

Droits de succession sur l'immobilier

Par Valentin Bastien·Expert immobilier·Mis à jour : mai 2026

Les droits de succession sur l'immobilier sont calculés selon le barème progressif de l'article 777 du CGI : 5 % à 45 % en ligne directe, après abattement de 100 000 € par enfant (article 779 du CGI). La résidence principale du défunt bénéficie d'un abattement de 20 % sous condition d'occupation au jour du décès par conjoint, partenaire de PACS ou enfant protégé (article 764 bis du CGI). Cas concret Lyon 6e janvier 2026 : économie de 18 400 € de droits par enfant grâce à l'abattement RP correctement appliqué et documenté.

Cinq immeubles haussmanniens de hauteurs progressives illustrant le barème progressif des droits de succession

Calculateur de droits de succession

Estimez les droits dus selon le lien de parente et les abattements

EUR

Valeur totale au jour du deces, avant tout abattement

heritier(s)

Heritiers se partageant ce bien a parts egales

Le bien est-il la residence principale du defunt ?

Abattement de 20 % si elle est occupee au deces par le conjoint, le partenaire de PACS ou un enfant

L'heritier beneficie-t-il de l'abattement handicap ?

Abattement supplementaire de 159 325 EUR, cumulable (article 779 II du CGI)

Part par heritier
Valeur retenue ÷ 2 heritier(s)
150 000 €
Abattement applique
Abattement personnel (lien de parente)
100 000 €
Base taxable
Part par heritier - abattement
50 000 €
Droits de succession (votre part)
8 194 €
Soit un taux moyen de 5.5 % sur la part recue
Droits totaux estimes
Droits par heritier x 2
Valable si chaque heritier est dans une situation identique
16 389 €

Note : ce calcul est indicatif. Il applique le bareme progressif de l'article 777 du Code general des impots, les abattements des articles 779 et 788, et l'abattement de 20 % sur la residence principale (article 764 bis). Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exoneres. Le resultat suppose un partage a parts egales entre heritiers de meme lien de parente ; une situation reelle (donations anterieures, demembrement, legs particuliers) peut modifier le calcul. Pour une valeur venale argumentee transmissible au notaire, VALORIS produit un rapport base sur les transactions reelles DVF.

Barème usufruit / nue-propriété — article 669 du CGI

Répartition fiscale forfaitaire selon l'âge de l'usufruitier au jour de la donation ou de la succession. Le barème procède par tranches « moins de X ans » : la valeur change le jour de l'anniversaire qui fait passer à la tranche suivante. Zone dorée : optimum fiscal entre 55 et 65 ans.

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Quel est le barème progressif des droits de succession en ligne directe ?

Conformément à l'article 777 du CGI, les droits de succession en ligne directe (parents-enfants) s'appliquent sur la part nette taxable de chaque héritier, après déduction de l'abattement de 100 000 €. Le barème est progressif : chaque tranche est imposée à un taux différent.

Le calcul est individuel : si trois enfants héritent d'un patrimoine de 600 000 € net, chacun reçoit 200 000 €, bénéficie de l'abattement de 100 000 €, et seuls 100 000 € par enfant entrent dans le barème. L'impôt est calculé part par part, jamais sur la masse globale.

  • Jusqu'à 8 072 € : 5 %
  • De 8 072 à 12 109 € : 10 %
  • De 12 109 à 15 932 € : 15 %
  • De 15 932 à 552 324 € : 20 %
  • De 552 324 à 902 838 € : 30 %
  • De 902 838 à 1 805 677 € : 40 %
  • Au-delà de 1 805 677 € : 45 %

Comment calcule-t-on la base taxable d'un bien immobilier ?

Le calcul des droits de succession sur un bien immobilier suit une séquence précise. Point de départ : la valeur vénale du bien au jour du décès — son prix de marché. De cette valeur brute sont déduites les dettes liées au bien (capital restant dû d'un emprunt immobilier, travaux engagés avant le décès, impôts fonciers dus).

La valeur nette entre ensuite dans l'actif successoral global. La part de chaque héritier est calculée selon ses droits (quotité légale ou testamentaire). Sur cette part nette, l'abattement personnel est appliqué. Le barème progressif s'applique sur le montant restant.

Exemple : un appartement à 350 000 € avec 80 000 € d'emprunt restant dû représente un actif net de 270 000 €. Pour un enfant unique, l'abattement de 100 000 € ramène la base taxable à 170 000 €. Droits dus : environ 31 800 €.

Comment s'applique l'abattement de 20 % sur la résidence principale ?

L'article 764 bis du CGI prévoit un abattement de 20 % sur la valeur vénale de la résidence principale du défunt, sous conditions strictes : le logement doit avoir été la résidence principale du défunt et être occupé au jour du décès par l'une des personnes suivantes.

L'abattement se cumule avec les abattements personnels. Sur un appartement à 400 000 €, l'abattement de 20 % ramène la valeur à 320 000 € pour le calcul des droits — économie significative qui souligne l'importance d'une estimation précise.

  • Le conjoint survivant
  • Le partenaire de PACS du défunt
  • Un enfant mineur du défunt
  • Un enfant majeur du défunt atteint d'un handicap empêchant de travailler

Comment estimer et répartir un bien en indivision dans une succession ?

Lorsqu'un bien était déjà détenu en indivision avant le décès (par exemple deux époux propriétaires à 50/50, ou bien acheté en indivision avec un tiers), seule la part du défunt entre dans l'actif successoral. La valeur vénale totale du bien est estimée, puis la quote-part du défunt est calculée selon les droits inscrits dans l'acte. Sur une indivision pré-existante, une décote de 10 à 20 % peut être pratiquée par référence à des transactions comparables sur biens indivis, sous réserve d'être documentée.

**Cas distinct — l'indivision née de la succession elle-même :** entre le décès et le partage, les héritiers sont propriétaires en indivision. Cette indivision « post-successorale » n'ouvre droit à aucune décote selon la jurisprudence constante (Cass. com. 28 janvier 2003 n° 01-12.373, Cass. com. 20 mars 2007 n° 05-17.139, Cass. civ. 1re 15 mai 2018 n° 17-18.903) et la doctrine BOFiP (BOI-ENR-DMTG-10-40-10-10). L'administration retient la valeur vénale en pleine propriété de chaque bien, indépendamment de l'état d'indivision postérieur au décès. Tenter de pratiquer une décote sur cette base s'expose à un redressement.

Quels droits s'appliquent en cas de SCI ou de démembrement ?

En SCI, ce sont les parts sociales qui entrent dans la succession, et non le bien directement. La valorisation des parts intègre la valeur du patrimoine immobilier de la SCI, diminuée de ses dettes. La jurisprudence (Cass. com. 9 février 2022, n° 19-22.861) et le Guide d'évaluation des entreprises et titres de sociétés de la DGFiP admettent une décote pour illiquidité dont l'amplitude dépend des statuts (clauses d'agrément, restrictions de cession, gouvernance) : couramment 10 à 30 %, avec un point bas autour de 10-15 % pour une SCI familiale standard, davantage si les statuts sont effectivement contraignants. Une décote supplémentaire pour position minoritaire peut s'ajouter.

En démembrement, le nu-propriétaire et l'usufruitier détiennent des droits distincts. Au décès de l'usufruitier, la pleine propriété se reconstitue au profit du nu-propriétaire sans droits supplémentaires. Au décès du nu-propriétaire, la nue-propriété est valorisée selon le barème de l'article 669 CGI (lié à l'âge de l'usufruitier) : à moins de 61 ans, la nue-propriété représente 50 % ; à moins de 71 ans, 60 % ; à moins de 81 ans, 70 % ; à moins de 91 ans, 80 % de la pleine propriété.

  • SCI : valorisation des parts = (actif immobilier - dettes) × quote-part, moins décote d'illiquidité
  • Démembrement : au décès de l'usufruitier, reconstitution en franchise de droits
  • Barème fiscal du démembrement : la valeur de la nue-propriété augmente avec l'âge de l'usufruitier
  • Démembrement croisé entre époux : protection du conjoint survivant

Quels sont les délais et modalités de paiement des droits ?

Les droits sont en principe exigibles au dépôt de la déclaration (6 mois après le décès). Mais des facilités existent pour les successions immobilières, par nature illiquides.

Le paiement fractionné échelonne le paiement sur 1 an (3 versements semestriels), durée portée à 3 ans (7 versements) si la succession comprend au moins 50 % de biens non liquides, dont l'immobilier, avec intérêts. Le paiement différé concerne les droits portant sur des biens en nue-propriété : ces droits peuvent être payés dans les 6 mois suivant la réunion de l'usufruit.

Dans tous les cas, une garantie est exigée (hypothèque, nantissement ou caution bancaire). Le coût du crédit doit être mis en balance avec l'avantage du fractionnement.

  • Paiement intégral au dépôt de la déclaration (délai normal 6 mois)
  • Paiement fractionné : jusqu'à 1 an, porté à 3 ans si 50 %+ de biens non liquides
  • Paiement différé : pour les droits portant sur des biens en nue-propriété
  • Garantie obligatoire : hypothèque, nantissement ou caution bancaire
Barème de répartition usufruit / nue-propriété (article 669 CGI)
Âge de l'usufruitierValeur usufruitValeur nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
De 21 à 30 ans80 %20 %
De 31 à 40 ans70 %30 %
De 41 à 50 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %

Cas concret — Lyon 6e

Évaluation menée à Lyon 6ejanvier 2026

Contexte : Père décédé, deux enfants héritiers à parts égales. Patrimoine immobilier : un appartement haussmannien (118 m², résidence principale du défunt occupée par la mère survivante au jour du décès), un studio loué (25 m², bail en cours depuis 6 ans). Résidence principale estimée brute à 920 000 €, studio à 175 000 €. Emprunt résiduel sur l'appartement : 60 000 €.

Constat : Application en cascade : abattement de 20 % sur la RP occupée par la conjointe (résidence principale ramenée à 736 000 €), déduction de l'emprunt (676 000 € net), addition du studio (851 000 € total). Part par enfant : 425 500 €. Abattement de 100 000 € : base taxable nette 325 500 €. Droits par enfant : environ 63 295 €. Sans l'abattement RP, les droits auraient été supérieurs de 18 400 € par enfant.

Le calcul a été présenté au notaire avec rapport DVF documenté pour chaque bien. Le studio a fait l'objet d'une décote complémentaire de 12 % pour bail en cours à loyer 10 % sous le marché — décote acceptée par l'administration grâce à la documentation chiffrée du bail et des loyers de marché ANIL.

Calcul des droits

Calculer les droits de succession immobiliers en cinq étapes

Le calcul rigoureux des droits de succession sur un patrimoine immobilier suit cinq étapes systématiques. Chaque étape doit être documentée pour résister à un éventuel contrôle.

  1. 01

    Estimer la valeur vénale au jour du décès

    Pour chaque bien, valeur vénale établie par triple croisement (DVF + Callon + capitalisation). Les comparables sont sélectionnés sur les 18 derniers mois précédant le décès, dans un rayon adaptatif (500 m à 5 km selon densité urbaine).

  2. 02

    Déduire les dettes spécifiques au bien

    Capital restant dû sur les emprunts immobiliers au 1er du mois du décès. Travaux engagés et facturés avant le décès. Impôts fonciers dus. Ces dettes diminuent la valeur nette du bien dans la succession.

  3. 03

    Appliquer les abattements (RP 20 %, indivision, bail loué)

    Vérification des conditions d'application : occupation de la RP par conjoint/enfant à charge, situation d'indivision réelle, bail à loyer effectivement sous-évalué. Chaque décote doit être documentée par pièce justificative (avis d'imposition, acte d'indivision, bail).

  4. 04

    Calculer la part nette de chaque héritier

    Répartition de l'actif net selon les droits successoraux (quotité légale 50 % ligne directe + droits du conjoint, ou quotité testamentaire). Application de l'abattement personnel sur la part nette de chacun (100 000 € ligne directe).

  5. 05

    Appliquer le barème progressif et établir les droits

    Application du barème de l'article 777 CGI sur la base taxable nette individuelle. Le barème est progressif : la tranche 5 % puis 10 % puis 15 % etc. s'applique tranche par tranche jusqu'au montant total. Le calcul est individuel pour chaque héritier.

Notre conviction

Le démembrement croisé entre époux reste l'outil de transmission le plus sous-utilisé en France — alors qu'il combine protection du conjoint et économie fiscale.

  • Au décès du premier époux, le conjoint survivant récupère l'usufruit en franchise totale de droits (exonération conjoint art. 796-0 bis CGI). Les enfants reçoivent la nue-propriété sur la moitié du bien, valorisée selon l'âge de l'usufruitier.
  • Plus le démembrement est constitué tôt, plus la nue-propriété transmise aux enfants est faible : à 55 ans, l'usufruit vaut 50 % et la nue-propriété 50 % ; sur la moitié d'un bien à 600 000 € (soit 300 000 €), la base taxable des enfants tombe ainsi à 150 000 € au lieu de 300 000 € en pleine propriété — économie de droits considérable.
  • Au décès du conjoint survivant, la pleine propriété se reconstitue sans droits supplémentaires. La double imposition est évitée — alors qu'une transmission en pleine propriété déclenche deux fois les droits.
  • Le démembrement croisé suppose un acte notarié (achat ou donation entre époux) : son coût est dérisoire face à l'économie potentielle. À planifier idéalement entre 50 et 65 ans, quand l'âge de l'usufruitier rend la nue-propriété peu valorisée.

Erreurs à éviter

SCI, indivision, fractionnement : les pièges du calcul des droits

Sous-estimer un bien en SCI faute d'analyser les statuts

La décote d'illiquidité d'une SCI (10 à 15 %) suppose des statuts effectivement contraignants : agrément, droit de préemption, interdiction de cession. Une SCI familiale aux statuts standard ne justifie qu'une décote modérée. La décote excessive est requalifiée en cas de contrôle.

Oublier d'inscrire au passif les dettes liées au bien

Capital restant dû d'emprunt immobilier, travaux engagés et facturés avant le décès, taxes foncières dues : ces dettes diminuent la base taxable. Les oublier conduit à payer des droits sur un actif brut au lieu de l'actif net — perte sèche pour les héritiers.

Tenter une décote sur l'indivision née de la succession

Erreur fiscalement coûteuse. La jurisprudence de la Cour de cassation et la doctrine BOFiP (BOI-ENR-DMTG-10-40-10-10) sont constantes : l'état d'indivision dans lequel se trouvent les héritiers entre le décès et le partage n'a aucune incidence sur la valeur vénale du bien transmis. La décote ne peut être pratiquée que sur une indivision pré-existante au décès (bien acheté en indivision avec un tiers, par exemple). Toute décote appliquée à l'indivision successorale sera systématiquement redressée.

Demander le paiement fractionné sans calculer le coût

Le paiement fractionné porte intérêts à un taux fixé chaque année par arrêté ministériel — 2,0 % pour les demandes formulées entre le 1er janvier et le 31 décembre 2026 (donnée vérifiée en juin 2026, révision au 1er janvier 2027). Sur 3 ans, le coût cumulé du crédit peut représenter plusieurs pour cent des droits dus. Avant de fractionner, comparer ce coût à un crédit-relais ou à la vente d'un bien — parfois la liquidation immédiate est plus économique.

Textes fiscaux cités

Barème, abattement RP, démembrement : les textes applicables

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